JDI apprentissage de l’écriture

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173-A Journal Des Instituteurs, mensuel destiné aux instituteurs. Un supplément accompagnait le N° d’octobre 2005 et s’intitulait : « L’apprentissage de l’écriture avec les gauchers ». 

Qu’il nous soit donc permis de porter à votre connaissance à travers ces quelques extraits la valeur pédagogique d’un tel document :

Pendant de trop nombreuses années, les gauchers ont été classés hors normes. ..A la maison, à l’école, on les a forcés à se remettre dans le droit chemin.
Il est cependant prouvé, de nos jours, qu’en obligeant un gaucher à faire des efforts d’inversion on entrave son développement neurologique, ce qui peut aller jusqu’à contrarier ses acquisitions de base telles que le langage et l’écriture.
Voici donc des raisons majeures de les laisser libres d’utiliser leur main gauche, au profit de leur réussite et de leur équilibre. Les exemples de gauchers célèbres ne manquent d’ ailleurs pas.
EST-CE UN HANDICAP DE NAÎTRE GAUCHER ?
Qu’il soit droitier ou gaucher, l’essentiel pour un enfant est qu’il soit bien latéralisé. Un gaucher bien latéralisé, qui ne rencontre pas de difficultés, en particulier scolaires, ne doit en aucun cas être marginalisé. II doit être reconnu dans sa différence. Être gaucher n’est pas un handicap.
QUELLE LATÉRALISATION POUR UN GAUCHER ?
Le Petit Robert définit ainsi la latéralisation : « organisation entre trois et six ans de l’asymétrie du corps du coté droit (droitiers) ou du coté gauche (gauchers) liée à la localisation des fonctions du langage ».
Le cerveau est divisé en deux hémisphères, chacun d’eux étant spécialisé dans certaines fonctions. La fonction prioritaire, le langage, est située dans l’hémisphère gauche pour tous. Alors que chez le droitier les commandes pour bouger la main droite sont aussi dans l’hémisphère gauche, chez le gaucher, elles sont dans l’hémisphère droit, ce qui est pour lui un avantage. Chaque hémisphère n’ayant qu’une tache à accomplir, il analysera et agira plus vite. Cet avantage serait à l’origine des dons de certains gauchers (écrivains. musiciens…).
POURQUOI NE DOIT-ON PAS CONTRARIER UN GAUCHER MAIS ENCOURAGER SA DIFFÉRENCE ?
En contrariant un gaucher, on oblige son cerveau gauche à commander la main droite et donc à se mobiliser contre nature. Ce faux droitier devra redoubler d’efforts d’inversion pour se repérer dans une spatialisation de vrai droitier. Des troubles du langage, de la lecture et une souffrance psychoaffective inutile et cruelle pourraient perturber sa scolarité.
L’ÉLÈVE GAUCHER DOIT-IL BÉNÉFICIER D’UNE ATTENTION PARTICULIÈRE ?
L’attention à porter aux gauchers relève essentiellement de l’organisation de leur confort dans un environnement scolaire crée pour des droitiers et ce, dès leurs premiers pas dans l’apprentissage de l’écriture.
Bien installer le gaucher
Sur les tables à deux places, le gaucher doit être installé à la gauche du droitier pour éviter une gène réciproque, gène d’autant plus grave que les deux apprentis ont besoin de place pour le bras qui écrit et la main d’appui sur la table.
Partager le confort dans la classe
L’installation des gauchers et des droitiers doit être expliquée à l’ensemble de la classe afin que la notion de confort fasse partie intégrante de l’acte d’écrire.
L’accompagnement de l’enseignant
Dès la maternelle mais surtout au CP, le gaucher a tendance à commencer la ligne à droite pour aller vers la gauche et à tracer certaines lettres à l’envers. La vigilance de l’enseignant est indispensable. Dans l’espace et sur le plan horizontal, les gestes seront vécus, expliqués, commentés, et ces commentaires mémorisés. Ainsi, sans être contrarié, le gaucher comprendra et intégrera la norme de l’écriture.
LORSQU’IL S’ENTRAÎNE À L’ÉCRITURE, L’ÉLÈVE GAUCHER DOIT-IL ÊTRE GUIDÉ ?
La posture du gaucher
L’enfant gaucher instaurant fréquemment de lui-même des postures compensatoires (telle arrondir le bras par-dessus la ligne d’écriture en tenant le stylo bizarrement), il faut dès le départ montrer comment se tenir et placer sa feuille pour écrire facilement. La feuille devra être inclinée légèrement vers la droite dans l’axe de l’avant-bras posé sur la table jusqu’au coude. La tenue du stylo doit aussi être enseignée; correcte, elle ne perturbera pas le rythme de l’écriture.
Le respect du sens des lettres
Le sens des lettres doit être mémorisé et respecté par tous. Quelques adaptations sont à offrir au gaucher. La barre du « t » sera tracée de droite à gauche ainsi que l’accent circonflexe et le soulignement.
Bien accompagné au début de son apprentissage, reconnu au sein de la communauté enfantine grâce au partage et a la communication, un élève gaucher ne rencontrera pas de difficultés.
EST-IL BON DE FOURNIR AUX GAUCHERS DES CISEAUX, DES STYLOS ET UN CAHIER ADAPTÉS ?
Savez-vous que les anthropologistes ont pu déterminer qu’il y avait des gauchers il y a plus d’un million d’années en se basant sur les outils façonnés à cette époque ? Alors pourquoi, en 2005, les gauchers n’auraient-ils pas des outils adaptés?
Choisir un bon outil scripteur comme pour les droitiers, il doit offrir trois avantages :
. le trait qu’il trace est de densité constante;
. il court librement ;
. il peut aller dans toutes les directions sans fatigue.
Cet outil favorisera la motricité fine, la rigueur et la vigueur dans le tracé, clefs d’une écriture lisible et fluide. Pour la bonne tenue, il doit posséder un corps ergonomique adapté au gaucher. Enfin, l’esthétique compte: un bel outil contribuera au plaisir d’écrire!
Entraîner les gauchers à l’aide d’un cahier spécifique
Utile dès le CP pour les bases et aux CE et CM pour l’enrichissement des acquisitions, un cahier d’écriture pour gauchers se doit :- de fournir des explications sur la posture ;

– d’aider au confort de l’enfant en donnant des conseils (position de la feuille, tenue du stylo) ;
– de faire respecter le sens des tracés tout en offrant les adaptations nécessaires au gaucher ;
– de proposer deux modèles : un à gauche pour répondre à la norme et l’autre à droite afin que le gaucher puisse le visualiser tout au long de la ligne d’écriture.
Ainsi entraîné, il aura les bons automatismes sans peiner et sans prendre de mauvaises positions.

Cette organisation de la classe adaptée aux besoins de chacun n’est ni une contrainte, ni une surcharge insurmontable de travail pour l’enseignant. Elle est source d’équilibre et motive le plaisir d’apprendre.

Extraits du supplément du JDI d’octobre 2005

lesGauchers

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