Défenseurs des gauchers

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livre-histoire-bonIls ont participé à l’Histoire. De Thomas Browne à Véra Kovarsky et du dix-septième au vingtième siècle, les publications qui s’acharnaient sur les gauchers ont marqués les esprits, plus que celles faisant preuve d’une vision plus tolérante.

Nous avons sélectionnés quelques uns de ces auteurs « visionnaires » et nous agrémenterons notre propos de quelques textes extraits du livre de Pierre Michel Bertrand « Histoire des Gauchers ».

Thomas Browne savant anglais (1605-1682) : « Si l’on est droitier c’est parce que la société en a décidé ainsi. La gaucherie est une variante de la nature humaine dont la fréquence réduite s’explique par l’anathème dont elle fait sans raison l’objet. Les enfants qu’on laisse libres de faire comme ils l’entendent montrent souvent une propension à la gaucherie, et ce n’est qu’à grand-peine qu’on parvient à les en défaire. Il ressort donc de tout cela que le gaucher a tout autant droit de cité que quiconque. Sa particularité ne peut lui valoir ce mépris qu’on a coutume de lui vouer ».

L’Encyclopédie (1751-1772) sous l’égide de Diderot s’élèvera : « contre la tyrannie du préjugé et de l’éducation qui contraint tous les hommes à renoncer, dès leurs premières années, à une ambidextérité qui leur est naturelles et a laisser leur main gauche dans une sorte d’inaction. Il n’existe pas de différence d’aptitude entre les deux mains de l’homme, établir de toute force une discrimination entre elles est contraire à la nature et au bon sens ».

Un siècle plus tard (1880) William Ireland psychiatre britannique se demande s’il est normal de faire subir tant de tourments à des enfants au seul motif que leur disposition manuelle différait de la norme .

En 1914 à Philadelphie des spécialistes de l’enfance se réunissent pour débattre sur la question : « quelle attitude vis-à-vis des élèves gauchers ?  » Ils décrèteront que la latéralité est un phénomène inné et non pas acquis : « et qu’il est vain de croire qu’un gaucher puisse faire preuve d’autant d’adresse avec la main droite qu’avec la main gauche. Vouloir à tout prix contrarier sa nature, c’est l’exposer à des troubles nerveux sérieux ».

Toujours en ce début de siècle la presse anglo-saxonne multiplie les articles qu’elle titre : « Respectez la gaucherie ! », « Le crime contre la gaucherie », « Laissez les gauchers tranquilles ! »
Pourtant en 1920 un article fait état d’une campagne intensive de « guérison » de la gaucherie dans les écoles d’une ville américaine qui aurait permis en une année de faire chuter le nombre de gauchers de deux cent cinquante à soixante six.

Curieusement, c’est la guerre 14-18 et ses mutilés droitiers contraints d’utiliser leur main gauche, qui a permis d’obtenir des autorisations la ou il n’y avait que des interdits, ce dont les gauchers « naturels » allaient profiter.

En 1937 en France, une jeune psychologue Véra Kovarsky à l’occasion d’un congrès scientifique, proposait de saisir les autorités pour qu’on laisse les enfants gauchers se servir de leur main gauche. Pendant plus de quinze ans elle multipliera les interventions aussi bien dans les médias qu’auprès des pouvoirs publics. Elle ne sera pas la seule à militer en faveur des gauchers.

Pourtant une enquête réalisée en France au début des années cinquante révèle que 73 % des parents seraient prêts à tout faire pour corriger la nature de leurs enfants s’il s’avéraient être gauchers, nous savons aujourd’hui que ce concept fut largement appliqué.

Enfin, nous sommes au vingt-et-unième siècle… et les gauchers sont toujours gauchers ! Les mentalités ont évoluées dans le bon sens, on regrettera cependant que le « laisser-faire » soit élevé au rang de pédagogie. Nous avons relevé 13 % de gauchers dans nos écoles en 2005, au lieu des 3 à 6 % « avoués » dans les années 1920-1930, ce qui est le signe évident d’une meilleure perception des gauchers. Mais sur un air de déjà vu, nous constatons aussi un léger décalage entre le discours officiellement admis et la réalité sur le terrain.

Si les actions précédemment menées en faveur des gauchers facilitent les nôtres, les nombreux témoignages que nous recevons sont sans équivoques sur cette réalité et nous faisons de notre mieux pour améliorer le quotidien des gauchers.

Même si l’histoire à tendance à se répéter et si nous ne pouvons prétendre
en changer le cours, faut-il pour autant baisser les bras
et se contenter
d’un « laisser-faire » généralisé ?

Alain Galobardès

lesGauchers

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