Deux fois par mois, lesgauchers.com donne carte blanche à Pierre-Michel Bertrand, auteur de "l’Histoire des gauchers" et du "Dictionnaire des gauchers" (Édition Imago). Ce spécialiste reconnu (dont les ouvrages sont traduits en de nombreuses langues) nous livre librement ses réflexions, ses découvertes, ses coups de cœur et, pourquoi pas, ses "coups de gueule".
Les gauchers à la Maison Blanche
Les gazettes, ces derniers temps, s’en sont fait souvent l’écho : le prochain président des états-Unis sera forcément gaucher puisque les deux candidats restant en lice, Obama et McCain, le sont l’un et l’autre. Si Obama est élu, l’événement marquera d’ailleurs un double tournant dans l’histoire des minorités outre-Atlantique puisque ce monsieur présente aussi la particularité d’être Noir.
Cela dit, nos amis américains sont habitués à voir défiler les gauchers au poste suprême. En effet, depuis 1974, ce ne sont pas moins de cinq gauchers qui s’y sont succédés : Ford, Carter, Reagan, Bush père et Clinton. Le seul droitier à avoir accédé à la Maison Blanche en est l’actuel locataire : George W. Bush.
Et là j’en entends certains ajouter : « Voyez la différence ! »
Pour rester sérieux, cette surreprésentation des gauchers
à la présidence américaine pose tout de même question.
Comment l’expliquer ?
Pour ma part, j’y vois deux raisons essentielles.
La première tient tout simplement à la réalité démographique du pays. Aux USA, en effet, les gauchers sont beaucoup plus nombreux qu’ailleurs. Même si les chiffres avancés sont très variables, il semble qu’on peut évaluer leur proportion à près d’un cinquième de la population. Statistiquement parlant, le phénomène en question n’a donc rien d’extraordinaire.
La seconde raison de cette hégémonie gauchère à la Maison Blanche depuis 35 ans tient peut-être à des facteurs psychologiques. Même dans un pays aussi permissif que les états-Unis, les gauchers demeurent, quoi qu’on on dise, des laissés-pour-compte. Là-bas aussi on se salue de la main droite ; là-bas aussi on prête serment de la main droite (et tout gaucher qu’il pourra être, le prochain président s’y conformera lors de la cérémonie d’investiture) ; là-bas aussi les stylos sont mis à droite au guichet des banques ; là-bas aussi les scies électriques éjectent les sciures à droite, etc.
Bref, là-bas aussi tout est prévu pour faciliter l’usage de la main droite.
Dans un environnement pareil, le gaucher « nage toujours à contre-courant ». Il est, du matin au soir, mis en situation de devoir s’adapter ou d’imposer sa différence. Cette lutte perpétuelle développe-t-elle chez lui une force de caractère supérieure à la moyenne ? La pousse-t-il à devoir toujours se surpasser, à se montrer combatif, à développer de meilleures stratégies ? Si oui, alors la gaucherie ne constituerait-elle pas plutôt un atout dans ce monde impitoyable de la politique ?
Allez savoir…
Mes amitiés gauchères à tous,
PMB
1er octobre 2008
______________________________
Vos réactions sont les bienvenues